Une voiture harcelée par des sosies de Lagerfeld
C’est le Matin d’hier 15 janvier qui soulève une particularité publicitaire toute récente: Volvo Suisse s’est servi très librement de l’image de Karl Lagerfeld pour sa nouvelle campagne publicitaire du nouveau modèle C30, à peine débarqué sur le marché.

Le hic, c’est en effet que le couturier n’aurait pas été informé de l’utilisation de son image très reconnaissable, via sosie et accessoires. Pire, au niveau diplomatique et commercial, le même Karl a collaboré il y a peu avec Audi en réalisant une série photographique “kaléidoscopique” de sa R8.
Récapitulons.
Il y a un possible souci avec les intérêts commerciaux qui découlent de cette utilisation sauvage de l’image (alerté par la presse, le principal concerné ne manquera pas de s’y intéresser, s’il est réel) et il y a, de manière plus générale le problème déontologique suivant:
Volvo Suisse a-t-il pris un risque en usurpant l’image du célèbre designer? «C’est déontologiquement douteux, assure le publicitaire Pedro Simko, de l’agence Saatchi & Saatchi Simko. Ce n’est pas techniquement du mensonge, mais tromper le lecteur en utilisant l’image d’autrui, c’est dangereux…» L’avocat lausannois Ivan Cherpillod, spécialiste des droits d’auteur, confirme: «L’utilisation d’un sosie ne dispense pas d’obtenir l’assentiment de la personne concernée. Dans ce cas, Karl Lagerfeld pourrait invoquer une violation de son droit à l’image.»
Notons également, (côté divertissant du débat) cette décontraction avec la logique qui rend toute entreprise de ce type extrêmement aisée:
L’argument n’effraie pas Volvo Suisse: «On ne dit pas que Karl Lagerfeld aime cette voiture», précise Georg Redlhammer. Rolf Zimmermann renchérit: «Il a beaucoup d’humour et, dans des interviews, il a souvent dit: «Copiez-moi!»
Sinon, la Suisse tremble de ne plus trouver de boyaux de zébus brésiliens pour ses cervelas.
(Citations extraite du Matin, mardi 15 janvier 2008.)
Charlie, les sept sages et l’expert en communication

La photographie officielle du nouveau Conseil fédéral suisse a paru aujourd’hui. Elle est l’oeuvre des photographes Dominique Büttner et Béatrice Devènes, qui ont tiré le portrait des ministres dans une foule “représentative”, un peu à la manière des livres où les enfants ont cherché le fameux Charlie patiemment pendant des générations.
Dans la foulée de cette révélation, la Radio Suisse Romande (émission Forums) a invité pour en débattre Dominique Büttner et Jean-Henri Francfort, le Séguéla local, convoqué par les médias romands lors de chaque micro-événement graphique ou photographique qui survient en Helvétie. A croire que ce coin de pays ne compte qu’un professionnel digne de dispenser des leçons de communication. Et de ce professionnalisme parlons-en: Francfort n’a vu aucune personne de couleur dans l’image et quand on lui répond qu’il y en a, il incrimine son imprimante qui rend “tout en jaune ou rouge”. Il voit l’horreur de la manipulation numérique là où les photographes ont usé de petites boîtes en bois pour réhausser la position de certains conseillers (vous savez, ces petits stratagèmes comme le petit muret à côté de Carla Bruni en Egypte, pour redonner à l’homme d’état son envergure…). Il peine à comprendre le regard caméra et tout une série de codes on ne peut plus classiques. Il va jusqu’à condamner d’un côté le fait que le gouvernement soit perdu dans la masse (ô immonde modernité!) et que de l’autre, leur regard dans l’objectif les distingue du troupeau.
Chaque photographie officielle du Conseil fédéral est une idée du/de la Président/e de la Confédération pour l’année qui commence. Ici, en l’occurence, c’est Pascal Couchepin qui a décidé de cette formule et le débat proposé entre le photographe (exécutant plus ou moins talentueux selon les années) et un grand penseur régional du graphisme est donc forcément stérile, puisqu’il ne tient aucun compte de cette volonté première. On peut discuter du résultat, soit, mais en prenant la peine d’y réfléchir plus qu’une demie seconde avant d’intervenir à l’antenne.
Le procès de la photographie doit tout de même tenir compte du fait, à mon sens, qu’un ministre à la réputation aussi fermement conservatrice que Couchepin est à l’origine d’une image extrêmement contemporaine. Or, de cette référence à une photographie actuelle, aucune trace dans le discours de celui qui a, chaque année, scrupuleusement, dénoncé la ringardise honteuse des portraits de ses dirigeants.
Monsieur Francfort conclut simplement son intervention en déclarant cette image ratée. Il serait bon qu’il se rende compte que, ces dernières années, chacun de ses jugements de grand expert est non seulement faible et aigri, mais qu’il va même jusqu’à éloigner le propos du véritable débat.
M’énervez pas en 2008.
Swiss Press Photo…. rhoooo
Voilà, le jury du Swiss Press Photo a tranché et a élu la photographie de l’année. La voici, la voilà. Elle est signée Michael Würtenberg. En découvrant ces résultats, proprement médusée, j’ai cherché en vain dans les explications du jury le pourquoi du comment-est-ce-possible.
Parce que pour moi, voyez vous, elle reste une prise de vue assez banale d'une mise en scène voulue, pensée, arrangée et amplement diffusée par Spencer Tunick (dont, soit-dit en passant, la presse suisse-romande nous relate déjà minutieusement chaque bribe de vague battement de cil). Voici la justification de ce choix:
La photographie primée par le Swiss Press Photo 2007 montre 600 personnes nues sur le glacier d’Aletsch. Cependant, il ne s’agit nullement de l’image du célèbre photographe Spencer Tunick, mais d’une interprétation de l’idée originale par l’ex-photographe de presse zurichois et lauréat Michael Würtenberg. Il s’agit “d’une création brillante, captivante et significative du point de vue social” selon le jury.
Brillant, captivant, significatif du point de vue social… je m’interroge… je vous jure que je réfléchis…
L’image retenue par Tunick montre les modèles de face et celle de Würstenberg les montre de dos, est-ce en cela que le point de vue social s’exprime? Les fesses de ces braves figurants doivent certainement captiver et briller d’une manière qui m’échappe. Le rapport de l’image réalisée au sein d’une création préexistente est souvent très intéressant, riche en implications délicates à observer, en redéfinitions de l’oeuvre, etc. Mais là, sincèrement, je penche assez pour le foutage de gueule pur et simple. J’en tombe des nus.
Faa-Kir: petites curiosités
Parmi les petites utilisations amusantes de l’image photographique, voici un exemple de “révélateur miraculeux”. Une poudre magique, un peu de salive, et voilà qu’apparaissait “Guy, 28 ans” ou “Monique, 22 ans”, précieuse information iconographique quant aux développements imminents de votre vie amoureuse. N’oublions pas les judicieux conseils astrologiques dispensés en marge “Ne dormez jamais en compagnie d’un monsieur barbu, ce qui serait pour vous le départ d’une ère de malheurs successifs s’étendant sur plusieurs années”.
Toute personne susceptible de fournir des informations sur ce Faa-Kir - plutôt scientifiques ou historiques; pas son pseudo sur facebook, svp
- est invitée à me contacter.


Olivennes : lectures et analyses

- Lectures par l’eco : le blog de RCE et notes d’un économiste, articles très complets pointant les erreurs de logique, j’aime ça. Merci aux éconoclastes pour ce signalement.
[…] on y lit que la plupart des utilisateurs ne font que télécharger, et ne mettent rien à disposition. Cette assertion a une génération de retard sur les logiciel de P2P. Actuellement, le volume de donwload possible dépend de ce que la personne propose en upload, évitant justement un tel problème de passager clandestin massif. Là où je rigole franchement, c’est quand je lis, à la suite d’un paragraphe consacré à l’incontournable (et mort) Napster que :
“ces supports de la distribution d’offre illégale sur le réseau tendent à diminuer au profit des mises à disposition, tels les newsgroup et les systèmes usenet” (p.6)
Rappel : Usenet est un ensemble de newsgroups, et son utilisation pour l’échange de fichiers date de bien avant Napster. Que ces puissants esprits n’en découvrent l’existence qu’aujourd’hui est éclairant sur le degré d’incompétence en la matière.
Cela n’était cependant qu’une aimable mise en bouche. […]
- Versac les a manifestement lus et rajoute une couche de polish.
Imaginons : une technologie apparait, un truc magique, qui permet à chacun de copier toute basket existante, et de l’avoir instantanément chez soi, pour son usage propre, sans en priver le propriétaire précédent. Que se passerait-il ?
[…]
Partout, chacun peut imaginer des baskets, et les lancer sur le marché, les rendre accessibles aux autres. Des millions de designers arrivent, des baskets géniales émergent, des personnes s’organisent avec d’autres pour en faire un business, arrivant à en vivr en faisant reconnaitre leur talent, en développant d’autres sources de revenus que la simple vente de baskets (ils lancent des lignes de vêtements, organisent des événements sportifs, font des appels personnels à dons, …). Certains designers deviennent de véritables phénomènes. Leurs baskets se vendent dans des magsains parce qu’on a la chance de pouvoir les rencontrer, ou parce qu’ils les ont signées de leurs mains. L’artisanat réapparait, on refait parallèlement des baskets à l’ancienne.Bref, une révolution, intégrale, totale, d’une industrie.
Dans ce cadre, il est normal que les forces pré-existantes, qui ont établi un système pendant des années, se défendent. […]
- Chez Arbobo, analyse très complète de l’industrie du disque.
Ma politique de l’autruche

Le Monde, Hossein et Lagardère
Quand Le Monde signale un coup marketing qui, hasard, utilise le support blog pour tenter le marketing viral, en prenant accessoirement la blogosphère pour des pigeons prêts à toutes les perroquèteries du moment que c’est dans l’air du temps, ça reste gentillet. Ni enquête, ni recherche, un simple signalement avec une vague supposition sur l’origine du binz :
Assez vite, les blogueurs qui ont mené l’enquête et relayé ainsi l’opération ont trouvé des indices. En recherchant qui avait déposé le nom du blog, ils ont découvert l’agence publicitaire La Chose. […]
Notez que ça ne les alarme pas plus que ça que les blogueurs fassent leur job mieux qu’eux. Ils ne sont pas à ça prêt, ils sont au dessus de ça, voyez-vous.
“De beaux messages d’amour, cela intrigue et intéresse tout le monde. Je suis frappé par le côté amplificateur d’Internet. Les blogueurs parlent d’Emma et près de 40 000 personnes ont visionné la vidéo placée sur YouTube et prise lors de la projection nocturne de son visage sur les murs des immeubles des quais de Seine”, explique Pascal Grégoire, cofondateur de La Chose.
Reste à savoir comment les blogueurs réagiront après la révélation.
Reste à savoir s’ils en ont quelque chose à faire, maintenant qu’ils savent qu’on les as pris pour des jambons.
La stratégie est maligne : je me rappelle encore la campagne “Celui qui a dit non” pour le spectacle de Robert Hossein, campagne durant laquelle on avait pu avoir sous nos yeux pendant plusieurs semaines une affiche pour le moins mystérieuse : la photo en noir et blanc d’un jeune homme anonyme, avec le titre du spectacle, mais aucune autre information. Après deux semaines, tout mon entourage et moi-même nous demandions qui pouvait être ce garçon qui avait dit “non” - avant qu’une ultime affiche vint, avec la photo de ce même jeune homme, quelques années plus tard, et le reste des informations désirées. Bien joué, on était maintenant tous au courant que Robert Hossein avait monté un nouveau spectacle.
On est dans une stratégie comparable ici, et c’est autrement plus finaud que “toutouyoutour” (si vous ne connaissez pas, je vous laisse chercher). Ici, un côté romantique et une forme assez réaliste maintient le quidam dans l’expectative suffisamment longtemps, sans lui avouer que tout ceci n’est qu’une vaste campagne de pub. Le “toutouyoutour” signait dès sa première apparition qu’il était une campagne de pub qui visait le viral.
D’habitude je tique assez facilement, comme beaucoup, dès qu’on plombe tous les supports avec un jingle simple qui porte l’empreinte d’un dircom‘ peu imaginatif trying to think outside the box : ça me fait hérisser le poil au même titre que TF1 lançant son clip “Ora maté”, rassemblant grossièrement dans son chaudron les ingrédients qui lui garantissent un succès rapide (rugby, popularité de la danse des All-Blacks chez les spectateurs que l’égorgement ne dérange pas, patriotisme, matraquage à tout bout de champ…). Notez que le single s’est pourtant placé rapidement dans le peloton de tête des ventes de disques en France pendant la dernière semaine de la coupe du monde de rugby.
Là, je trouve la méthode un tantinet moins grossière. Par contre ce que j’apprécie moins, à l’instar de Guillermito, c’est qu’on utilise un terrain demeuré intouché par les publicitaires - j’ai l’impression d’en arriver à penser que “ça y est, on ne respecte donc définitivement plus rien“, mais cette opinion n’engage que moi.
Le Monde, République des Blogs et net-bashing
Quand Le Monde signale la nouvelle rencontre de République des Blogs, elle ne manque pas de rappeler que ces charlots du net en sont à parler entre eux tant ils manquent d’inspiration. La blogosphère doute, tarit, n’est pas à prendre au sérieux.
Nous sommes fin septembre. Sur les tables du café parisien qui accueille la singulière République, il n’y a plus d’ordinateurs, plus de câbles qui serpentent. Et surtout, entre les rangs, plus de journalistes, plus de caméras ni de micros tendus. La blogosphère a connu son heure de gloire. Elle se retrouve entre elle en quelque sorte […].
Désertion ? Coup de blues ? Un retour à la normale, plutôt. “Les militants purs et durs sont partis, observe Versac. La blogosphère n’est plus un champ de bataille politique. On se retrouve entre blogueurs, pour des discussions plus construites et plus sereines.” Mais du coup, le paysage paraît un peu morne en regard de l’agitation frénétique des élections.
L’article est assez neutre pour une fois : il donne des chiffres et relève les déclarations des blogueurs. On peut difficilement faire plus clean. Des avis réalistes, aucune critique explicite. Peut-être même que je suis en train de m’en imaginer une implicite, et qu’au fond, tout ceci n’est que de l’information…
J’ai vis à vis du web un idéalisme que j’essaie de tempérer. J’avoue que le journalisme francophone ne m’y aide pas. Qu’il soit question de Marianne, de l’Express, de Libé, je sais c’est un peu facile de critiquer la presse, pardon j’arrête, enfin, où que je regarde, je trouverai toujours à la presse les travers qu’on connaît, et à la blogosphère le mérite de m’offrir ce que je recherche : analyses, bémols, enrichissements de l’information, débats, ouverture d’esprit, pluralité politique et sociale… Le web diminue les inégalités et préserve le meilleur des différences (je détourne les propos d’Albert Jacquard, c’est le net, c’est la blogosphère, on est des sauvages).
Journalisme citoyen et sub-culture
On ne va pas pleurer. La mode est au net-bashing. La mode est à la Tartufferie. Vous avez croisé Murat l’autre jour, je crois. J’aime que les blogs aient le rôle de pilier solide, dont on se moque, dont on se sert, la bonne poire, mais vers qui petit à petit tout le monde se dirige. La blogosphère, c’est le bon ami, bon élève en classe, le binoclard qu’on secoue gentiment, qu’on a traîné dans la boue avant, qu’on méprise toujours un peu, il est pas bien méchant au fond - mais qui réussira mieux que les autres demain, et dont l’existence même suppose une voie nouvelle.
Plus qu’un concurrent à la profession de journaliste-papier et qu’un support d’une sub-culture de nerds, le web m’apparaît comme une culture à part entière, un medium à l’art et à l’info, avec ses oeuvres, ses auteurs (cf. notre blogroll), ses intervenants, ses journalistes - ouverts au reste du monde. Je ne crois pas que le web refoule à l’entrée : les blogs parlent volontiers de télévision, de presse écrite, des campagnes d’affichage, de théâtre, de cinéma, sans en faire forcément un gagne-pain. Je ne relève pas le bénévolat en tant que tel, simplement que la blogosphère ne parle pas des autres media parce que ça vend, mais parce que ça fait partie de nos vies et qu’il y a un propos.
C’est là où Elkabbach se plantait dans sa mauvaise foi en acier bichromaté, en voyant le net comme un concurrent ou un medium à canaliser. Le net est une remise en question, une leçon enrichissante, non un ennemi (c’est un peu manichéen tout ça), non un vilain garçon qui attend un précepteur. Par exemple, pour l’instant, le journalisme citoyen se contente souvent de répéter sur le net les erreurs du journalisme de presse écrite. On verra ce qu’il en adviendra.
Passons sur l’aspect technique, qui implique des mutations et des remises en question que d’autres que moi ont pris ou prendront le soin d’identifier. Le web d’aujourd’hui a bien des travers. Parfois, l’amour de l’aphorisme, la recherche de notoriété ou de reconnaissance, la politique du buzz, et j’en passe, viennent ternir mon rêve. Ce n’est pas dans cette direction que je regarde. Je fais valoir mon droit à la politique de l’autruche. Il y a cinq ans, je ne m’amusais pas à définir la blogosphère par les skyblogs. Je ne voyais pas le besoin de rabaisser le jeune web. Aujourd’hui je ne m’amuse pas à définir le web par ses travers. S’il y a de l’amateurisme vaniteux et maladroit, au fond, tant mieux, tant qu’on ne prend pas les vessies pour des lanternes, et le web pour ce qu’il n’est pas. La médiocrité du web n’est pas seulement différente d’hier, elle est surtout un peu moins médiocre. Et les excellents fruits qu’on cueille, encore plus savoureux.
S’il ne devait en rester qu’une image…
Photo publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur
CFC: la formation de photographe en danger
Emboîtons le pas au photographiste, dont l’article sur les bouleversements de la formation de photographe en Suisse est fort explicite.
Je vous renvoie, pour les détails de la crise, sur le blog de Beat, mais ne résiste pas à pousser mon rugissement indigné.

Le projet en question a pour ambition de revaloriser le titre de photographe, ceci sans constituer un vecteur d’améliorations ou d’innovations concrètes du contenu même de la formation (la belle affaire!). L’idée d’exiger des futurs candidats d’avoir appris préalablement un autre métier tout en leur refusant l’accès à une formation de base en photographie décalerait l’acquisition de ces mêmes connaissances au niveau de la formation supérieure (dans le genre “nivellement par le bas”, fallait oser): ces futurs “photo designers” (ô merveille!) n’auraient de supérieur que le titre. Pour être efficace, une telle formule devrait s’adresser à des étudiants ayant déjà acquis de solides connaissances en photographie, donc titulaires d’un CFC, ce qui reviendrait à dédoubler la voie déjà offerte depuis belle lurette par les écoles supérieures et les écoles d’art.
Nous ne pouvons que nous interroger sur l’incidence que cette réforme pourrait avoir sur le marché de la photographie où elle risque de fonctionner comme une forme de numerus clausus ou de protectionnisme déguisé.
Accessoirement, il s’agirait de rappeler, entre autres, l’importance du métier de photographe publicitaire au sein de l’économie, car les enjeux de cette réforme dépassent le seul avenir de cette profession et concerne également le bon fonctionnement de l’industrie des arts graphiques et de la publicité, dont elle constitue un maillon indispensable.
Une offre de formation devrait prendre en compte les aspirations des étudiants. Nous sommes ici, vraisemblablement, face à plusieurs tendances bien distinctes. certains étudiants ont pour ambition de devenir des artistes créateurs et ne désirent pas suivre une formation technique et publicitaire. Ceux-ci trouvent dans les écoles d’art la voie qui leur convient et ne porteront que peu d’intérêt à cette réforme. D’autres souhaitent devenir photographes professionnels et travailler dans le domaine de la publicité ou du reportage. Ils se sont souvent déterminés fort jeunes et la voie du CFC leur est parfaitement adaptée. Certains souhaiteraient poursuivre une formation supérieure pour devenir d’authentiques “photo designers”, d’autres se lanceront directement dans la vie active. Il serait parfaitement injuste de supprimer aux jeunes photographes ce que la loi suisse offre aux autres professions par la voie du CFC et de la maturité professionnelle.
Pour peu que les milieux professionnels soient prospectifs, ce CFC constitue aujourd’hui une excellente formation pour de multiples activités dans le domaine de la communication visuelle. Une association faîtière qui scie sa propre branche en supprimant sa formation de base, qui se tire une balle dans le pied, ça a de quoi inquiéter. La dame, ça la rend folle!
*CFC: Certificat Fédéral de Capacité, modèle ayant maintes fois démontré son excellence et son efficacité, apprentissage pratique soutenu par un solide encadrement théorique, dispensé dans ce cas précis à l’Ecole de Vevey (CEPV).
Early Colors: nostalgie en trois livres
L’affiche de Paris Photo 2007 utilise, comme vous l’aurez remarqué, une photographie de Saul Leiter datée de 1957 et intitulée Through Boards, que l’on peut admirer notamment dans la publication par Steidl de Saul Leiter : Early Colors (2005).
Petit parcours nostalgique au fil de trois publications cultes de photographies couleurs réalisées dans les années 50…
Pari, Ihei Kimura, Nora-Sha, Tokyo, 1974

1954 et 1955, à l’époque où le Japon se relève de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation américaine, alors que très peu de Japonais peuvent se permettre de voyager, Ihei Kimura se rend en Europe à deux reprises.
Mandaté à la fois par un journal japonais, un fabricant d’appareils et une marque de pellicule, le photographe réalise une série d’images à l’étranger, et notamment en France, où il est accueilli par Henri Cartier-Bresson, puis présenté à Robert Doisneau.
Sa vision de Paris ne ressemble en rien aux clichés que rapatrient habituellement les touristes japonais de passage, mais montre une ville souvent décrépite, parfois romantique. Le regard, proche des photographes « humanistes » qu’il admire en France (la découverte des images de Cartier-Bresson a été un choc esthétique pour Kimura), oscille entre poésie du quotidien et esthétique de la dégradation.
Le livre paraît l’année du décès de celui qui était alors considéré comme le plus grand photographe japonais.
*Illustration : in Martin Parr et Gerry Badger, Le livre de photographies : une histoire, volume I, Phaidon, Paris, 2005
Early Color, Saul Leiter, Steidl Publishing, 2006

De la biographie de Saul Leiter, un épisode éclaire cette partie de l’oeuvre de manière évidente : il est arrivé à New York dans l’intention de devenir peintre et s’est lié très tôt avec les peintres expressionnistes abstraits (Marc Rothko, Barnett Newman, Philip Guston, Richard Poussette-Dart).
Les ektachromes de Leiter explorent Manhattan et son agitation à travers un regard fragmentaire, une tendance à l’abstraction. Toujours extrêmement graphiques et marquées par l’usage très expressif des couleurs, les photographies ont sur les spectateurs que nous sommes un pouvoir de fascination indéniable. A l’instar du Paris de Kimura, la New-York de Leiter capte cet élan nostalgique de notre redécouverte des « couleurs précoces ».
Schweizer Bergleben um 1950, Peter Ammon, Ed. Aura, 2006.

Ce dernier livre est un succès unique en son genre. Une première édition de 5000 exemplaires a été écoulée en moins d’un mois (novembre 2006) et Aura Verlag a dû procéder rapidement à un deuxième tirage.
Peter Ammon, issu de l’Ecole d’Arts Appliqués de Gertrude Fehr, à Vevey, a arpenté dans les années 50 les vallées les plus reculées des Alpes suisses pour en dresser un portrait, équipé d’une chambre Sinar et de films Ektachrome. Fortement mis en scène, le travail qui résulte de ces pérégrinations est une galerie de scènes de genre et portraits qui nous paraissent plus folkloriques que proprement ethnographiques, un genre de « Heidiland » où toute trace de progrès technologique est effacée.
Un livre de plus sur de vieilles couleurs à la mode?
Comme le relève Luc Debraine , le paradoxe de ces clichés tient dans l’effacement de la modernité dans l’objet de la représentation (les scènes sont exemptes d’appareils ménagers ou de machines agricoles, par exemple) en opposition avec la forme très novatrice (couleurs vives des diapositives, éclairage artificiel, netteté extrême), rendue grâce à un équipement technique de pointe pour l’époque.
Plus que la nostalgie pure de ces procédés couleur, il y a ici un fort intérêt exprimé par les lecteurs pour l’identité profondément helvétique du travail. Ces images répondent apparemment à un sentiment particulier du public pour ses racines profondes, qu’il trouve sous la forme d’une imagerie figée dans le temps, lointaine des troubles que la « suissitude » traverse actuellement. Nulle trace dans les photographies de l’octogénaire des remous ovins, des refus de l’Europe, des disparités linguistiques, de tout ce qui morcelle et affaiblit une cohésion nationale et autres joyeusetés. La publication semble faire se rencontrer deux sentiments de natures différentes : d’une part l’attrait esthétique pour ces “couleurs primitives” et la redécouverte de portfolios de ce type, d’autre part les tentatives de redéfinition d’une identité suisse, à cheval entre ouverture et isolement.



Nous sommes fin septembre. Sur les tables du café parisien qui accueille la singulière République, il n’y a plus d’ordinateurs, plus de câbles qui serpentent. Et surtout, entre les rangs, plus de journalistes, plus de caméras ni de micros tendus. La blogosphère a connu son heure de gloire. Elle se retrouve entre elle en quelque sorte […].